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du Journal SUD OUEST

La bourse ou la vie
par Jean-Marie Harribey, co-président d’Attac

Pourquoi compter les chômeurs quand ils ne comptent pas ?

3. Pourquoi compter les chômeurs quand ils ne comptent pas ?

Jean-Marie Harribey

Une controverse a éclaté l’an dernier au sujet du décompte du nombre de demandeurs d’emploi en France quand une association « Autres chiffres du chômage » (ACDC, http://acdc2007.free.fr), créée à l’initiative du Réseau d’alerte sur les inégalités (http://www.bip40.org/fr) et composée d’économistes et de statisticiens n’ayant pas leur langue dans la poche, a porté sur la scène publique les nombreuses entourloupes du comptage des chômeurs. Dans la période électorale que nous traversions, l’enjeu était de vérifier si la baisse du taux de chômage claironnée par le gouvernement correspondait à la réalité. Pouvait-on considérer comme fiable le réduction du taux de chômage au sens du Bureau international du travail de 9,3% de la population active à 8,2%, d’avril 2006 à avril 2007 ? Oui, disait le Ministre du travail. Non, disait l’association ACDC. Que disait l’INSEE ? La direction de cet institut était très embarrassée. Depuis de nombreuses années, à chaque printemps, l’INSEE avait l’habitude d’effectuer une grande enquête Emploi. Elle lui permettait d’ajuster ensuite les résultats du nombre de demandeurs d’emploi à la fin de chaque mois inscrits à l’ANPE. Et, en 2007, l’INSEE, rompant avec sa tradition, a décidé de ne pas publier les résultats de son enquête annuelle avant l’automne prochain… pour des « raisons techniques ». Qu’est-ce donc qui a changé ? Rien, les sources de controverses existent depuis longtemps. La première vient de la définition du nombre de chômeurs. Ne sont comptés que les demandeurs d’emploi immédiatement disponibles. Sont exclus ceux qui ont une activité réduite, même de moins de 78 heures par mois. Une autre raison tient à l’éviction de plus en plus importante de chômeurs des registres de l’ANPE : environ 200 000 ont ainsi disparu des listes en 2006. Il en résulte un écart croissant entre le chômage officiel et le chômage réel. Malgré son embarras, l’INSEE a déclaré le 8 mars 2007 que le taux de chômage en 2006 était resté au même niveau qu’en 2005 : 9,8%. A la fin de l’année 2006, on dénombrait 4 450 000 chômeurs réels, plus du double du chiffre officiel d’environ 2 100 000. En 25 ans, le nombre de « chômeurs invisibles » a donc été multiplié par 10.

image001.gif Source : ACDC, « Les chômages invisibles », Note n° 1, 27 décembre 2006, http://acdc2007.free.fr/acdc1.pdf.

Aujourd’hui, la controverse est close. Le gouvernement et la direction de l’INSEE ont mangé leur chapeau : l’outil statistique officiel, fondé sur les données de l’ANPE et non sur l’enquête Emploi de l’INSEE, ne mesure plus rien de réel. Ni les travailleurs à temps partiel qui recherchent une emploi à plein temps, ni ceux qui ont une activité très réduite, ni ceux qui chercheraient un temps partiel, un intérim ou une vacation, ni ceux qui, licenciés économiques, ont signé une convention de reclassement personnalisé et, bien sûr, ni ceux qui se sont fait radier pour n’importe quelle raison. Au final, un taux unique de chômage pour rendre compte d’une réalité de l’emploi et du chômage complètement éclatée est suranné. Il nous faut donc une batterie d’indicateurs permettant de prendre la mesure des petits boulots, des temps partiels, des chômeurs en formation, c’est-à-dire des chômeurs et des travailleurs pauvres dont le sort est très proche. Sinon, la statistique apporterait la preuve qu’il ne sert à rien de compter les chômeurs puisqu’ils ne comptent pas dans la société.

22 juin 2007

22 juin 2007 - 1 commentaire
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