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Un BLOG invité
du Journal SUD OUEST

La bourse ou la vie
par Jean-Marie Harribey, co-président d’Attac

Comprendre la crise financière

20. Comprendre la crise financière

Jean-Marie Harribey

Sur le site “Critique de l’économie politique”, une histoire semi-parodique de la crise financière en cinq tableaux.

21 mars 2008 - Aucun commentaire
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La franchise, nouvel art du mensonge

6. La franchise, nouvel art du mensonge

Jean-Marie Harribey

Les mots ont ceci de magique qu’ils disent parfois le contraire de ce qu’ils sont censés désigner. Le Diafoirus de Molière avait bien compris que, pour apaiser une douleur, il convenait de l’appeler plaisir : « Nous lisons des anciens, mademoiselle, que leur coutume était d’enlever par force, de la maison des pères, les filles qu’on menait marier, afin qu’il ne semblât pas que ce fût de leur consentement qu’elles convolaient dans les bras d’un homme. » (Le malade imaginaire, Acte II, scène 6).

Ainsi en va-t-il de la « franchise » médicale. Elle sera instituée par la loi de financement de la Sécurité sociale de 2008. Elle s’ajoutera au forfait hospitalier, à la non prise en charge de plus en plus fréquente de médicaments et aux restrictions draconiennes sur les soins dentaires et sur les lunettes. Cette franchise est « médicale ». L’assemblage des deux mots crée un effet démultiplicateur car, en guise de médecine, c’est le coup de grâce. Coup de grâce, encore une expression à la Diafoirus : achever le blessé ou le condamné.

Au nom de quoi la « franchise médicale » s’introduit-elle au chevet des malades ? Au nom de l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale, nous dit-on. Car les Français dépenseraient trop pour leur santé : 10% du PIB (la richesse monétaire totale du pays produite en un an). A-t-on jamais entendu, parmi les acharnés de la « franchise médicale », quelqu’un s’émouvoir que les Français dépensaient autant sinon plus pour leur automobile ? Rouler en bagnole, c’est bien, soigner ses maux (par exemple, le mal au dos généré par la bagnole) c’est mal. Allez comprendre quelque chose à l’économie avec ce galimatias !

Il y a donc tromperie. Ou plutôt, une tromperie en cache une autre : des tromperies gigognes. Dépenser pour la santé ne déplaît pas aux démolisseurs de la protection sociale. Ce qui leur déplaît, c’est que ses dépenses soient prises en charge par la collectivité au nom de la solidarité, c’est que, ainsi, une petite dose de redistribution entre les classes sociales soit organisée. La « franchise médicale » fera donc coup double (car deux coups de grâce, c’est plus sûr qu’un seul) : on exemptera encore davantage les classes riches d’un devoir de solidarité qui leur pèse tant car, les pauvres, non seulement ils sont « assistés », mais, en plus, ils sont nombreux ; et on laissera le champ libre aux compagnies d’assurances privées pour qu’elles viennent faire du bénéfice sur la santé. Et vous verrez que, lorsque les actionnaires de ces compagnies engrangeront des dividendes, les dépenses de santé ne seront plus clouées au pilori.

Soyons francs : le démantèlement de la protection sociale a été imaginé pour mettre le capitalisme sous perfusion, parce qu’il ne lui suffit plus de vendre des bagnoles (on manque de place et de pétrole), il lui faut transformer en marchandises ce qui relève du corps et de l’esprit. Et là, il n’y a point trop de limites. C’est une raison suffisante pour couper l’assistance respiratoire à une économie admise en soins palliatifs.

6 juillet 2007

6 juillet 2007 - Aucun commentaire
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Le capitalisme avale tout, même sa propre idéologie

4. Le capitalisme avale tout, même sa propre idéologie

Jean-Marie Harribey

Deux grèves inédites viennent d’éclater et dont la presse entière s’est fait l’écho immédiatement. Les journalistes du groupe de presse Les Echos ont fait un jour de grève parce que Bernard Arnault, patron de la multinationale LVMH, projette de racheter Les Echos. Et les journalistes du journal concurrent La Tribune ont fait un jour de grève parce que Bernard Arnault, propriétaire de La Tribune, veut la vendre.

Les Echos et La Tribune sont les deux quotidiens français spécialisés dans le domaine de l’économie. Plus exactement, ils sont spécialisés dans la diffusion de la vision des milieux d’affaires sur l’économie. Quotidiennement ils expliquent qu’il faut privatiser les services publics (poste, électricité, hôpitaux, etc.), qu’il faut supprimer le code du travail (ils disent « simplifier »), qu’il faut diminuer le coût du travail et donc supprimer les cotisations sociales. Pendant qu’ils approuvent le refus d’augmenter le SMIC, ils applaudissent les magnats de l’industrie et de la finance qui gagnent, comme Bernard Arnault, jusqu’à 2000 fois le SMIC (il n’y a pas d’erreur, c’est deux mille). Leur refrain le plus entendu est : « baissons les dépenses sociales et publiques car il y a trop d’impôts qui pèsent sur les riches ». Et ils s’esbaudissent devant les prouesses des fonds spéculatifs qui restructurent à tour de bras, délocalisent, redélocalisent, au gré des opportunités. Aujourd’hui même, on apprend que l’année 2007 verra les records de fusions et restructurations battus.

Et voilà que Bernard Arnault rachète et revend, car tout financier qui s’abstiendrait un instant de participer au casino des capitaux serait un financier mort. Or Bernard Arnault vit et il le fait savoir. Et les journalistes dont il se joue crient au scandale. Ils sont mal récompensés. Tant de bons et loyaux services pour promouvoir la pensée libérale et finir comme ces gueux d’ouvriers et d’employés ballottés par les fermetures d’usine et les plans de licenciement.

Le philosophe François Ewald, justement dans Les Echos (26 juin 2007), à côté d’une pétition signée par une flopée de personnalités bien en vue, donc bien-pensantes, explique que l’indépendance est un « bien commun ». Encore faudrait-il savoir de quelle indépendance il s’agit. Vis-à-vis de quoi ? Les Echos et La Tribune sont-ils indépendants à l’égard de la pensée qui sert la cause des maîtres du monde ? Ils en font leur miel quotidien.

Tous ceux qui s’étonnent de la gloutonnerie des restructurateurs et autres fusionneurs d’entreprises de presse avaient oublié ou feint d’oublier que le capitalisme avale tout, même sa propre idéologie.

27 juin 2007