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du Journal SUD OUEST

La bourse ou la vie
par Jean-Marie Harribey, co-président d’Attac

Travaillez, prenez de la peine, car c’est le fonds qui vous manquera toujours le plus

7. Travaillez, prenez de la peine, car c’est le fonds qui vous manquera toujours le plus

Jean-Marie Harribey

C’est bientôt les vacances et je n’ai pas lu grand chose aujourd’hui. Si, tout de même : deux articles de presse, sur le même sujet : le temps de travail.

Le premier émane de Michel Godet, professeur au CNAM, « Les 35 heures : sans fleurs ni couronnes ! » (Le Monde, 18 juillet 2007). Il prend appui sur un rapport du Conseil d’analyse économique (la fine fleur de la bien-pensance économique auprès du Premier ministre, dont il est lui-même membre) « La réglementation du temps de travail, les emplois et les revenus », signé de Patrick Artus, Pierre Cahuc et André Zylberberg, pour affirmer que « l’on assiste à la fin d’une exception française à classer au rang de relique d’une fausse bonne idée ».

On reste abasourdi devant tant de méconnaissance de l’histoire : tous les pays développés ont divisé par deux leur temps de travail depuis deux siècles. Si le mouvement s’est aujourd’hui interrompu dans certains pays, c’est uniquement parce que le travail a dû courber l’échine devant les coups de boutoir de la financiarisation de l’économie capitaliste. On reste ensuite effaré devant la contradiction que ne voit pas cet éminent économiste : Artus, Cahuc et Zylberberg écrivent en effet à propos de la défiscalisation des heures supplémentaires que « cette mesure a un effet négatif sur l’emploi, puisqu’elle incite les entreprises à substituer des heures de travail aux hommes ». Ce qui signifie exactement le contraire de ce qu’affirme Godet : augmenter le temps de travail empêche de créer des emplois pour un niveau de productivité donné. Il croit pouvoir donner le coup de grâce à la RTT parce que ses éminents collègues Olivier Blanchard, Pierre Cahuc, André Zylberberg (les mêmes, moins un, plus un autre) affirment péremptoirement : « la réduction du temps de travail ne crée pas d’emploi » (Le Monde, 5 juin 2007, « Détaxation coûteuse et aléatoire »). Eux-mêmes nagent en pleine contradiction car ils écrivent trois lignes plus loin que « l’accroissement des heures supplémentaires risque de se faire au détriment de nouvelles embauches ».

Résumons : d’un côté, tous affirment qu’il faut mettre fin au « mythe du partage du travail », de l’autre, tous affirment que concentrer le travail sur la tête et les bras de quelques-uns se fera au détriment de l’emploi. Résultat : zéro pointé, messieurs les Eminents.

Le second article qui a agrémenté ma journée est un dossier de Sud Ouest (18 juillet 2007) « L’hôpital rattrapé par ses 35 heures », après la divulgation d’un rapport de Dominique Acker, Conseillère générale des établissements de santé, auprès du Ministre de la santé, resté secret pendant près d’un an. On comprend d’ailleurs que personne n’était pressé de le rendre public parce qu’il confirme ce dont nous pouvions nous douter depuis longtemps. Les 35 heures ayant été appliquées dans les hôpitaux sans aucune création d’emploi (belle contradiction du gouvernement Jospin, celle-là), ce qui devait arriver arriva : les médecins, les infirmiers et tous les agents hospitaliers ont accumulé de 2002 à 2005 (on peut imaginer que le phénomène a encore cru depuis) 2,2 millions de journées de travail dans des comptes épargne-temps, dont 1 million pour les seuls médecins.

Que faire alors ? Surtout ne pas demander conseil aux Eminents ci-dessus. Il seraient bien capables de répondre qu’il faut accroître le temps de travail et donc le compte épargne temps encore davantage ! On a bien là la preuve par a + b que le nombre d’emplois est relié au temps de travail (dans un sens ou dans l’autre) pour un niveau d’activité et de productivité du travail donnés.

Contrairement à ce que les Eminents croient ou veulent faire accroire, le partage du travail est synonyme de l’évolution économique, si tant est que celle-ci soit orientée vers le progrès humain. Si les Eminents se contorsionnent dans des contradictions intellectuelles insurmontables, c’est parce que derrière le partage du travail se profile le partage des revenus. Et la répartition des revenus, c’est intouchable pour les Eminents au service de la Haute (voir les blogs précédents). Les Eminents sont des Jean de la Fontaine à l’envers : « travaillez, travaillez, c’est le fonds qui vous manquera toujours le plus ».

Alors, il leur reste une dernière pirouette : « le revenu d’un pays dépend de la quantité de travail qu’il est capable de mobiliser ». Ah bon ? Le capital est donc stérile ! On s’en doutait un peu, mais on n’osait plus le dire… Enfin, si…

18 juillet 2007

18 juillet 2007 - 1 commentaire
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