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du Journal SUD OUEST

La bourse ou la vie
par Jean-Marie Harribey, co-président d’Attac

La RTT est l’avenir de l’homme

25. La RTT est l’avenir de l’homme

Jean-Marie Harribey

22 mai 2008 : journée de grève et de manifestations pour s’opposer au nouvel allongement de la durée de cotisation pour avoir une retraite à taux plein : 41 ans en attendant les 42 ans prévus dans la foulée. Mme Laurence Parisot, au nom du Medef et des actionnaires, propose de reculer l’âge de la retraite à 63 ans et demi, pour éviter que des salariés ayant commencé à travailler tôt ne puissent compter 41 ou 42 ans de cotisation dès l’âge de 60 ans. Non mais, sans blague, travailleurs, vous êtes nés pour travailler, pas pour rttétiser.

Un obus supplémentaire a été tiré cette semaine par l’UMP contre les 35 heures. Le Ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité (travail, famille et… ?) a fait mine de démentir tout en disant vouloir « sortir du carcan des 35 heures imposées partout et pour tous de la même façon » (Le Monde, 21 mai2008).

Primo, les 35 heures n’ont jamais été appliquées dans les entreprises de moins de 20 salariés, par décision de l’ancien Premier Ministre Raffarin : près d’un tiers des salariés n’en ont jamais vu la couleur.

Secundo, quel est le sens d’une RTT applicable « à tous et partout » ? Les gains de productivité sont différents d’un secteur de l’économie à l’autre. Très élevés là où la rationalisation du travail est importante, où l’intensification du travail est toujours poussée davantage et où l’automatisation est possible. Faibles ailleurs, notamment dans certains services de type qualitatif ou relationnel. Mais l’économie est un tout, où chaque élément dépend des autres. Que serait par exemple l’augmentation de la productivité du travail dans l’industrie aux techniques sophistiquées sans un secteur éducatif derrière ? Ainsi, les gains de productivité apparaissant en un endroit doivent leur niveau à ce qui se passe autour. Il n’y a alors aucune raison pour que leur affectation soit réservée au secteur où ils apparaissent. La RTT « pour tous et partout » est donc une manière d’effectuer une péréquation de la répartition des gains de productivité : ceux-ci sont dus à la collectivité, ils doivent revenir à la collectivité. Donc, surtout pas aux actionnaires, bien entendu, mais pas non plus aux seuls salariés qui, par hasard, sont employés dans un secteur où une forte productivité surgit.

L’attitude « cul pincé » du PS devant sa propre loi des 35 heures est affligeante : « La RTT n’est plus une question centrale » a déclaré Gaëtan Gorce, ancien rapporteur de la loi Aubry (Le Monde, 21 mai 2008). Si, Monsieur, elle sera la question centrale du XXIeme siècle, d’un point de vue social et d’un point de vue écologique. Mais, sans doute, penser deux choses à la fois – les finalités du travail et celles de la production – est trop demander aux sociaux-libéraux.

Ils confortent l’idéologie qui s’est insinuée jusque dans la tête des travailleurs. Chaque fois que ceux-ci débauchent plus tôt, ou ne viennent pas travailler le mercredi ou le vendredi après-midi, ou bien posent un jour pour aller manifester, ils « prennent leur RTT », telle une prime occasionnelle. L’effet pervers de cette rhétorique est de dénaturer la portée de l’abaissement de la durée légale du travail, comme si la durée légale du travail était restée à 39 heures. Dire « prendre un jour de RTT » au lieu de « prendre un jour de congé », c’est ne pas considérer la RTT des 35 heures de la même façon qu’ont été considérés à leur époque les congés payés, les 40 heures et les 39 heures hebdomadaires. En instituant, dans le langage même, une différence entre le temps libre « congé » et le temps libre « RTT-35 heures », ce dernier est délégitimé. C’est exactement le but recherché par le patronat et le gouvernement. C’est malheureusement la caution apportée à cette entreprise par le PS qui ne comprend pas que, s’il y a des gains de productivité du travail, la RTT est l’avenir de l’homme.

3 commentaires pour “La RTT est l’avenir de l’homme”

  • Ghibli dit :

    Bonjour,

    Au hasard d’un surf, je découvre votre cybercarnet avec plaisir : félicitations et merci de partager vos réflexions.

    Sur le billet même, après son Bad Godesberg (déjà effectif depuis longtemps…), le PS est maintenant mûr pour solliciter son adhésion au Mont-Pèlerin. Mr Rocard doit être ravi :-)

    Je suis ébahi par le discours actuel du gouvernement, réactionnaire au possible et qui passe (idéologie quand tu nous tiens…) pour le fin du fin de la modernité.

    Après Guizot et son célèbre « Enrichissez-vous ! », voici venu le temps du « Travaillez Plus ! ». Comme quoi, le mouvement peut aussi se faire en arrière, car s’il y a bien un sens à l’histoire de l’humanité, c’est bien celui de se « libérer » du travail. Et quid des progrès technologiques et de la productivité du travail ?

    Cela dit, Marx ne faisait-il pas remarquer que l’apparition du machinisme, en décuplant la force de l’homme, avait bien permis de mettre au travail des enfants.

    Ainsi, l’on en revient toujours à la racine même de la question : celle du mode de production capitaliste. Une question que la gauche (pour des évènements historiques que nous connaissons) s’evertue à éluder et qui la condamne à ne pas proposer une véritable alternative et à n’être que platement « gestionnaire ».

    Ghibli

  • prospero dit :

    Prospero Je suis bien d’accord avec vous, le PS oublie ses fondamentaux. Economiste, je traite également des 35 heures dans mon blog (http://dedalus.blogsudouest.com) cordialement

  • événements poker dit :

    très bon blog bonne continuation

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