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La bourse ou la vie
par Jean-Marie Harribey, co-président d’Attac

La franchise, nouvel art du mensonge

6. La franchise, nouvel art du mensonge

Jean-Marie Harribey

Les mots ont ceci de magique qu’ils disent parfois le contraire de ce qu’ils sont censés désigner. Le Diafoirus de Molière avait bien compris que, pour apaiser une douleur, il convenait de l’appeler plaisir : « Nous lisons des anciens, mademoiselle, que leur coutume était d’enlever par force, de la maison des pères, les filles qu’on menait marier, afin qu’il ne semblât pas que ce fût de leur consentement qu’elles convolaient dans les bras d’un homme. » (Le malade imaginaire, Acte II, scène 6).

Ainsi en va-t-il de la « franchise » médicale. Elle sera instituée par la loi de financement de la Sécurité sociale de 2008. Elle s’ajoutera au forfait hospitalier, à la non prise en charge de plus en plus fréquente de médicaments et aux restrictions draconiennes sur les soins dentaires et sur les lunettes. Cette franchise est « médicale ». L’assemblage des deux mots crée un effet démultiplicateur car, en guise de médecine, c’est le coup de grâce. Coup de grâce, encore une expression à la Diafoirus : achever le blessé ou le condamné.

Au nom de quoi la « franchise médicale » s’introduit-elle au chevet des malades ? Au nom de l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale, nous dit-on. Car les Français dépenseraient trop pour leur santé : 10% du PIB (la richesse monétaire totale du pays produite en un an). A-t-on jamais entendu, parmi les acharnés de la « franchise médicale », quelqu’un s’émouvoir que les Français dépensaient autant sinon plus pour leur automobile ? Rouler en bagnole, c’est bien, soigner ses maux (par exemple, le mal au dos généré par la bagnole) c’est mal. Allez comprendre quelque chose à l’économie avec ce galimatias !

Il y a donc tromperie. Ou plutôt, une tromperie en cache une autre : des tromperies gigognes. Dépenser pour la santé ne déplaît pas aux démolisseurs de la protection sociale. Ce qui leur déplaît, c’est que ses dépenses soient prises en charge par la collectivité au nom de la solidarité, c’est que, ainsi, une petite dose de redistribution entre les classes sociales soit organisée. La « franchise médicale » fera donc coup double (car deux coups de grâce, c’est plus sûr qu’un seul) : on exemptera encore davantage les classes riches d’un devoir de solidarité qui leur pèse tant car, les pauvres, non seulement ils sont « assistés », mais, en plus, ils sont nombreux ; et on laissera le champ libre aux compagnies d’assurances privées pour qu’elles viennent faire du bénéfice sur la santé. Et vous verrez que, lorsque les actionnaires de ces compagnies engrangeront des dividendes, les dépenses de santé ne seront plus clouées au pilori.

Soyons francs : le démantèlement de la protection sociale a été imaginé pour mettre le capitalisme sous perfusion, parce qu’il ne lui suffit plus de vendre des bagnoles (on manque de place et de pétrole), il lui faut transformer en marchandises ce qui relève du corps et de l’esprit. Et là, il n’y a point trop de limites. C’est une raison suffisante pour couper l’assistance respiratoire à une économie admise en soins palliatifs.

6 juillet 2007

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