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Un BLOG invité
du Journal SUD OUEST

La bourse ou la vie
par Jean-Marie Harribey, co-président d’Attac

L’éducation à vendre ?

45. L’éducation à vendre ?

Jean-Marie Harribey

On a appris hier que des universités françaises avaient vendu des diplômes à des étudiants chinois. Et tous les médias de s’étrangler d’indignation !

Mais n’est-ce pas là l’aboutissement logique de la marchandisaiton de l’éducation et de la recherche que le mouvement actuel des enseignants et chercheurs essaie tant bien que mal de contenir ?

N’est-ce pas dans le droit fil du processus de Bologne et de la stratégie de Lisbonne qui veulent construire une “économie de la connaissance” en faisant de la connaissance une marchandise comme une autre ?

Le cocasse, mais ô combien instructif, de cette affaire est que l’Université de Toulon a vendu le diplôme de l’IAE (Institut d’administration des entreprises) : pour bien administrer les entreprises capitalistes, tout doit être rendu marchand.

On peut décerner au Président de l’Université de Toulon le titre de docteur honoris causa et aux étudiants chinois la mention “très bien”. Ils ont tous parfaitement compris la logique du système.

16 avril 2009 - 1 commentaire
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Réponse à un étudiant en colère

44. Réponse à l’étudiant en colère qui m’a écrit (ci-dessous en commentaire à “LRU : loi de régression universitaire”)

Vous souhaitez que les professeurs fassent cours. Je vous comprends. En voici un, fort bien fait, par une collègue, Geneviève Azam, sur le sujet qui vous préoccupe. Vous le trouverez à l’adresse ci-jointe.

JMH

11 avril 2009 - 1 commentaire
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Procès de l’Université

43. Procès de l’Université

Par les enseignants-chercheurs de l’Université Bordeaux IV

Bordeaux – 10 février 2008 (1)

Le Président ouvre le procès de l’Université

Mesdames et Messieurs les enseignants-chercheurs,

Mesdames et Messieurs les doctorants,

Mesdames et Messieurs les personnels Biatos,

Mesdames et Messieurs les étudiants,

Nous sommes réunis aujourd’hui, Place Pey-Berland, pour faire le procès de votre Université qui doit répondre publiquement de ses fautes.

Le procureur va tout d’abord vous donner lecture de l’acte d’accusation.

Le Procureur

Vu le classement de Shanghai ;

Vu le processus de Bologne ;

Vu la loi n° 2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités ;

Vu le projet de décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs ;

Vu le projet de décret relatif aux doctorants contractuels des établissements publics d’enseignement supérieur ou de recherche ;

Vu le projet de Mastérisation de la formation des maîtres ;

Vous êtes, par le présent, accusés :

De faire preuve de nationalisme en vous opposant à la semestrialisation des enseignements universitaires, en prétendant que les étudiants auraient besoin de temps pour réfléchir, discuter et s’approprier vos enseignements, alors que le saucissonnage des programmes, le dépeçage des cours et la multiplication des examens préparent au contraire les étudiants à l’entrée dans la vie active ;

De faire preuve de conservatisme, en refusant par principe toute idée de changement ;

De faire preuve de paresse, en ne consacrant pas suffisamment de temps et d’attention à votre activité d’enseignement et de recherche ;

De faire preuve d’orgueil, en refusant toute idée d’évaluation ;

De vous complaire dans une posture gauchisante en vous opposant aux projets du Gouvernement ;

De gaspiller les deniers publics en engloutissant les milliards de l’Etat dans la formation des étudiants sans vous préoccuper de leur avenir professionnel ;

De faire preuve de centralisme, en vous accrochant à votre statut de fonctionnaire d’Etat et en refusant l’autonomie des universités ;

De faire preuve d’irresponsabilité en vous livrant à des activités de recherche qui vont contre les intérêts des entreprises qui financent notre université ;

De vous comporter comme des chercheurs inutiles en vous livrant à de la recherche fondamentale, en étudiant l’histoire ou la philosophie, toutes matières désormais bannies puisque n’étant pas susceptibles d’être financées par les partenaires du secteur privé ;

De faire preuve d’incivisme en vous livrant, par vos écrits, à des critiques à l’encontre de notre Gouvernement ;

De faire preuve d’impolitesse et d’impertinence, en vous opposant à votre Président au risque de gâcher votre carrière ;

De perturber dangereusement l’esprit de nos étudiants en prétendant que c’est la Terre qui tourne autour du soleil ;

De véhiculer des idées subversives et de saper l’autorité de l’Etat, en affirmant que le nuage radioactif de Tchernobyl était passé sur l’est de la France, alors que les experts officiels nous certifient que celui-ci s’est bien arrêté aux frontières de notre Pays ;

De saper les fondements de l’économie nationale en alertant l’opinion publique sur les prétendus méfaits de l’amiante ; D’apeurer la population et de provoquer des tempêtes, en prétendant qu’il y bien un phénomène de changement climatique ;

De faire des recherches sur des pathologies orphelines qui, compte tenu du nombre limité de malades, ne répondent pas aux critères de rentabilité ;

De nuire à la compétitivité de notre industrie agro-alimentaire en poursuivant vos recherches sur les dangers des OGM ;

De perturber les grands dirigeants de ce monde et de nuire à l’image de nos entreprises en faisant des recherches sur les méfaits de l’économie de marché ;

Pour l’ensemble de ces faits, il a été décidé de vous mettre en accusation pour que vous répondiez publiquement de vos fautes ;

Le Président

L’accusation appelle à la barre le célèbre journaliste Franz-Olivier Giesbert.

Franz-Olivier Giesbert

Monsieur le Président, je crois utile de préciser que « Derrière leur logomachie pseudo-révolutionnaire, les universitaires ont souvent, chevillée au corps, l’idéologie du père Peinard. La France est un des pays d’Europe qui dépense le plus pour son système éducatif, avec les résultats que l’on sait. Il faut que ce fiasco continue, et tant pis pour nos enfants, qui, inconscients des enjeux, se feront de toute façon embringuer par des universitaires, réactionnaires au sens propre du mot. » (2)

Le Président

L’accusation appelle à la barre Monsieur Christian Morrisson, éminent économiste, dont les contributions éclairantes guident l’action de l’OCDE.

Christian Morrisson

Monsieur le Président, je souhaiterais apporter mon soutien au gouvernement qui agit avec une grande intelligence. Nous pouvons en effet, comme il s’y emploie actuellement, « recommander de nombreuses mesures qui ne créent aucune difficulté politique. Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. » (3)

Le Président

L’accusation souhaite entendre, Monsieur le Président de la République, Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy

Monsieur le Président, mesdames et messieurs, il faut le dire, « nous ne sommes pas aujourd’hui dans le peloton de tête des pays industrialisés pour la recherche et l’innovation. Evidemment, si l’on ne veut pas voir cela… Mais c’est pourtant la réalité et si la réalité est désagréable, ce n’est pas désagréable parce que je le dis, c’est désagréable parce qu’elle est la réalité, c’est quand même cela qu’il faut voir. C’est pour cette raison que j’ai décidé d’engager la bataille de l’intelligence », en commençant par demander de supprimer des postes à l’université, selon la logique implacable définie par les experts de l’OCDE. « Nous devons nous doter d’orientations stratégiques claires pour la recherche et l’innovation, comme je l’avais appelé de mes vœux lors d’un discours prononcé pour célébrer le prix Nobel Albert Fert ».

Le Président

La parole est maintenant à la défense qui souhaite entendre Monsieur Albert Fert, prix Nobel de physique en 2007.

Albert Fert

Je serai bref et dirai simplement ceci : « A l’heure où l’économie réelle a besoin d’investissements d’avenir, aux dires même du Président de la République, la politique à courte-vue de coupes claires sans discernement dans la recherche et l’enseignement supérieur est suicidaire ». (4)

Le Président

Pour y voir plus clair dans ce débat, la défense appelle à la barre l’OCDE pour qu’elle nous présente la réalité des chiffres en matière d’enseignement supérieur et de recherche

OCDE

Monsieur le Président, nos études montrent que le CNRS est le premier organisme de recherche européen et le quatrième au niveau mondial. Plus généralement, la France se classe au 5ème rang mondial en termes de publications scientifiques et se situe au 6ème rang mondial selon le sacro-saint classement de Shanghaï. Pourtant, dans le même temps, notre dépense en matière de recherche se situe au 18ème rang mondial et la dépense par étudiant au 16ème rang.

Le Président

Mesdames et Messieurs les enseignants-chercheurs, les doctorants et les personnels Biatos, qu’avez-vous à dire pour votre défense ?

Le Président se tourne vers l’avocat de la défense ; roulement de tambours

L’Avocat de la défense

Monsieur le Président, je tiens à rappeler à la cour que l’Article L952-2 du Code de l’éducation dispose que “Les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions d’enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d’objectivité. ”

L’avocat de la défense est ensuite bâillonné

Le Président

Merci, nous en avons assez entendu !

Mesdames, Messieurs, après en avoir librement débattu avec les représentants de l’Université, et après en avoir longuement délibéré,

Avons décidé de prononcer les condamnations suivantes :

Mesdames et Messieurs les enseignants-chercheurs et doctorants de l’Université :

Vous êtes condamnés à réaliser chaque année, et jusqu’à la fin de votre carrière, 1607 heures annuelles d’enseignement ;

Vous êtes également condamnés à renoncer à tout esprit critique et à vous conformer, en tous points, à la doctrine officielle de votre Université ;

Défense vous est désormais faite de réfléchir, de lire, d’écrire autrement que dans les revues qui vous seront indiquées par votre Université, et sur les sujets choisis par celle-ci ;

Défense vous est également faite d’exprimer toute opinion dissidente et de mener tout projet personnel de recherche contraire aux orientations définies par votre Université ;

Mesdames, Messieurs les étudiants de l’Université,

Vous êtes condamnés à suivre les enseignements dispensés par les plus mauvais et les moins motivés des enseignants-chercheurs de votre Université ;

Vous êtes également condamnés à vous inscrire dans des filières rentables ; défense vous est désormais faite d’étudier des matières économiquement inutiles ou politiquement subversives ;

Vous êtes en outre condamnés à emprunter sur 30 ans, et à taux variable, les sommes nécessaires au paiement de vos droits d’inscriptions ;

Mesdames et messieurs les personnels Biatos :

Vous êtes condamnés à travailler plus pour gagner moins, et de faire le travail de vos collègues dont les postes ont été, sont ou seront supprimés.

Madame l’Université, vous êtes donc définitivement, et sans aucun recours, condamnée à dépérir.

Roulements de tambour

L’avocat de la défense se libère de son bâillon et apostrophe la foule

« Est cela que vous voulez ? Est-ce cette université-là dont vous rêvez ?

La foule

« NON ! NON ! NON »

Tous

« Liberté pour l’Université !!! »

(1) Cette parodie a été préparée et jouée par les enseignants-chercheurs de l’Université Bordeaux IV.

(2) Le Point, 5 février 2009.

(3) « La faisabilité politique de l’ajustement », Cahier de politique économique, n° 13, Centre de développement de l’OCDE, 1996.

(4) Tribune de presse

12 février 2009 - 2 commentaires
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LRU : Loi de régression universitaire

42. LRU : Loi de régression universitaire

Jean-Marie Harribey

Ci-dessous l’intervention que j’ai faite le 4 février, à la demande des étudiants de l’Université Bordeaux IV, en introduction à leur assemble générale.

La loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) du 10 août 2007 se décline en deux aspects principaux :

- La gouvernance des universités : les pouvoirs des présidents d’université sont accrus en termes de droit de veto au recrutement des fonctionnaires, de liberté d’embauche sous contrat (CDI, CDD) et de répartition des services d’enseignement.

- L’autonomie de gestion : elle signifie la possibilité de financements privés qui viendront se substituer aux financements publics en régression, et aussi l’augmentation des droits de scolarité payés par les étudiants. L’augmentation des droits n’est pas inscrite dans la loi mais nous sommes au début d’un processus qui y conduira. Le risque pour nos universités est de ressembler un jour aux universités américaines dans lesquelles les droits d’inscription s’élèvent à plusieurs milliers de dollars.

Les conséquences de cette loi seront :

- Pour les établissements universitaires : concurrence accrue avec l’amenuisement progressif du caractère national des diplômes, déjà amorcé avec la réforme LMD dans le cadre européen.

- Pour les personnels : ils seront confrontés aux joies du management moderne basé sur le “mérite”, dont on ne sait sur quels critères il sera jugé. D’où le caractère absurde de la “modulation” des services d’enseignement considérés comme une punition, une sanction. Il est important à ce sujet de ne pas séparer la critique de la LRU et celle de son décret d’application, car la loi pose des principes dont le décret se charge d’organiser la mise en oeuvre.

- Pour les étudiants : les inégalités entre universités déboucheront sur une discrimination sociale entre étudiants. De plus, il y a un rique de perte du pluralisme de l’enseigneemnt, particulièrement en sciences sociales. Nous en savons quelque chose en économie.

Cette LRU doit être replacée dans son contexte. L’arrière-plan est le suivant :

- Il y a un processus européen et mondial de mise en concurrence et de marchandisation de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ainsi, l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) prévoit d’intégrer dans le périmètre du marché et de la concurrence les services d’enseignement. En Europe, le Processus de Bologne (1999) et la Statégie de Lisbonne (2000) visent à rendre “compétitifs” les services d’enseignement.

- En France, les grands organisme de recherche, dont le principal, le CNRS, sont démantelés. L’Agence nationale de la recherche (ANR, 2005) et l’Agence de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) visent à promouvoir des projets de recherche en fonction de leur pertinence économique pour les entreprises. A ce compte-là, que restera-t-il de la recherche fondamentale. Le physicien Albert Fert, prix Novel 2007, a déclaré que si une telle loi avait existé, jamais il n’aurait pu découvrir ce qu’il a découvert. Pour la seule année 2009, le gouvernement prévoit de supprimer 1030 postes dans l’eneignement supérieur et la recherche. Il a beau affirmer qu’il augmente les crédits pour investir, à quoi seriront les équipements si les enseignants-chercheurs en sont exclus ?

- Tout cela fait sens avec la remise en cause méthodique du système éducatif public, de la maternelle, à l’école primaire, au collège, au lycée, jusqu’à l’université, en passant par la suppression des IUFM et le démantèlement des concours d’enseignants. Cela fait sens aussi avec le démantèlement de tous les services publics au nom de la concurrence libre et non faussée, chère à l’Europe néolibérale : énergie, transports, poste, hôpitaux, etc. Le désengagement de l’Etat est partout le même et produit ses effets délétères.

En tant qu’étudiants de droit, de sciences économiques ou d’AES, vous pouvez comprendre les liens qui existent entre toutes ces dégradations de l’espace public et la crise économique majeure que le capitalisme mondial traverse. Car la dégradation des services publics est l’un des visages de la dégradation de la condition salariale dans le monde : salaires déconnectés de l’évolution de la richesse produite et explosion des dividendes qui ont nourri la financiarisation, laquelle a dégénéré en crise.

Bref, le mode d’accumulation et le mode de régulation qui se sont imposés sont insoutenables à long terme. Et cela d’autant que l’hypothèque qui est mise sur la recherche et l’enseigneement supérieur est vouée à nous exploser à la figure, comme les subprimes, parce que dévaloriser la recherche et l’enseignement, c’est mettre un trait sur l’avenir, c’est-à-dire le vôtre.

8 février 2009 - 4 commentaires
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Le Président Sarkozy apprend l’économie

41. Le Président Sarkozy apprend l’économie

Jean-Marie Harribey

Le Président Sarkozy a de l’avenir chez les économistes dominants. Sur plusieurs sujets il a montré, jeudi 5 février, sa parfaite incompréhension des linéaments de l’économie politique et au contraire sa capacité à se couler dans le moule de l’idéologie régnante, et donc à faire lui-même de l’idéologie.

Il veut supprimer la taxe professionnelle parce qu’elle “repose sur la production”. Et il veut la remplacer par une taxe sur le carbone. Admettons. Et sur quoi est prélevée toute taxe sinon sur la production ? Sarkozy confond le support de toute taxe avec l’assiette qui lui sert de calcul.

Il veut s’intéresser aux “classes moyennes”, c’est-à-dire à ceux qui gagnent le SMIC ou juste un petit peu plus que le SMIC. Si même les smicards sont considérés comme “moyens”, cela en dit long sur la dégradation considérable de la condition salariale !

Il veut poursuivre la diminution du nombre de fonctionnaires parce que ceux-ci sont une charge pour l’économie privée, la seule, selon lui, qui produit. A elle seule, cette affirmation constitue le joyau de l’idéologie régnante. Premièrement, elle considère que des “dépenses” d’enseignement sont des charges de fonctionnement, alors que par ailleurs on ne cesse de nous dire qu’il faut préparer une économie de la connaissance. Les chercheurs et les universitaires en grève apprécieront. Deuxièmement, Sarkozy ressort de son chapeau l’idée ressassée à l’infini selon laquelle les services non marchands ne sont pas de la richesse et que ceux qui travaillent à les fournir sont payés par prélèvement sur le fruit de l’activité marchande. Cette assertion est réfutable et les économistes critiques feraient bien de s’attaquer enfin de front à l’absurdité qu’elle constitue.

Le Président s’est livré une nouvelle fois à une charge contre la réduction du temps de travail qui “a accru le chômage”. Sarkozy est mûr pour entrer dans la confrérie des économistes dominants, mais, comme historien, il est recalé. Comble du cynisme, il est favorable à la promotion du chômage partiel. C’est pas de la RTT, ça ? Et de la mauvaise façon !

8 février 2009 - Aucun commentaire
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Le sabre, le goupillon et le coffre-fort

40. Le sabre, le goupillon et le coffre-fort

Jean-Marie Harribey

De nombreuses personnalités ont signé dans la presse (notamment dans Le Monde, 24 décembre 2008) un texte intitulé « Noël dans la crise : un rendez-vous pour l’espérance ». Parmi elles, Jean Boissonnat, Jacques Delors, Jean-Baptiste de Foucauld, Alain Juppé, Michel Rocard, etc.

Ces personnalités entendent saisir l’occasion de « la célébration de la naissance du Christ » pour « nous faire redéfinir le sens que nous donnons à l’économie ». Et, pour cette redéfinition, ils font appel à la traditionnelle doctrine sociale chrétienne : respect de la propriété privée, option préférentielle pour les pauvres, combat pour la justice et la dignité, devoir de solidarité, bien commun et principe de subsidiarité en sont, nous disent-ils, les six piliers. On pourrait croire que serait ensuite prononcé un verdict sévère et audacieux sur l’économie mondiale actuelle et sa crise. Non, « les chrétiens ne condamnent pas l’économie de marché ». Le profit n’est pas récusé à condition d’avoir une « régulation ».

Quelques questions à nos éminentes personnalités, quasiment des éminences. Quelle est la différence entre ce qu’il faut bien appeler une profession de foi et le discours de Nicolas Sarkozy à Toulon, au mois de septembre dernier, demandant une refondation et une moralisation du capitalisme ? Quelle est la différence avec tous les commentaires entendus de la bouche des chantres du néolibéralisme pendant trois décennies qui s’empressent d’appeler à réglementer aujourd’hui ce qu’ils ont contribué à déréglementer hier ? Quelle est la différence entre cette refondation et celle que nous promettait le Medef avec sa « société du risque » ?

N’est-ce pas Jean Boissonnat et Jean-Baptiste de Foucault qui, déjà dans les années 1980, ont trouvé des raisons pour réformer progressivement notre modèle social alors qu’était engagée la destruction de toutes les conquêtes sociales ?

N’est-ce pas Jacques Delors qui se vantait naguère d’avoir désindexé les salaires par rapport aux prix, imposé un plan de rigueur et convaincu ses amis socialistes que le marché était indépassable ? N’est-ce pas lui qui avait écrit un « Livre blanc » préfigurant l’Acte unique de 1986, son « traité favori », disait-il, qui allait achever de transformer la construction européenne en une machine néolibérale ?

N’est-ce pas Alain Juppé, droit dans ses bottes, qui avait tenté à l’automne 1995 de poursuivre la réforme catastrophique d’Edouard Balladur sur les retraites ? Certes il avait échoué, mais n’avait-il pas préparé le terrain pour les réformes Fillon ultérieures ?

N’est-ce pas Michel Rocard qui nous ressasse depuis plusieurs années que le capitalisme a définitivement gagné, remoulinant la « fin de l’histoire » de Francis Fukuyama ? Peut-on dire à Michel Rocard, venant de Mai 68 et de l’autogestion, qu’il confond capitalisme et marché (voir Alternatives économiques, Hors-série, « L’économie de marché », n° 77, 3e trimestre 2008) et que cette confusion est l’une des nombreuses manières qui ont permis à l’idéologie néolibérale de justifier la marchandisation de toutes les activités humaines et la remise entre les mains du marché omniscient la gestion des hommes et de la nature, lesquelles nous ont conduits à la crise globale majeure actuelle ? Est-il indifférent que, dans un texte qui se veut aussi « refondateur » de l’économie, le mot « capitalisme » ne soit pas prononcé pour en parler ? Qu’est-ce que la financiarisation du capitalisme, sinon l’exacerbation de la logique de la rentabilité maximale qui ne peut être obtenue que par le sacrifice des humains et de la nature ?

La logique du profit est une logique sacrificielle. Est-ce la raison pour laquelle des « éminences chrétiennes » en font la trame de leur prêche ?

« Noël dans la crise » ? Ne serait-ce pas plutôt crise de Noël et de toutes les représentations idéologiques d’un temps où, après le sabre et le goupillon, c’est le tour du coffre-fort de perdre sa légitimité ?

Décidément, il sera difficile de pardonner à ces éminences…

25 décembre 2008 - 2 commentaires
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Sauver les banques ou couvrir un système absurde ?

39. Sauver les banques ou couvrir un système absurde ?

Jean-Marie Harribey

Décidément, la crise est une bonne école pour comprendre comment l’économie marche. Beaucoup s’étonnaient ces derniers mois quand nous étions quelques-uns à dire qu’il fallait rester prudent devant l’annonce des pertes des banques et autres institutions spéculatrices : les 4,9 milliards d’euros de pertes de la Société générale par ci, les 751 millions des Caisses d’épargne par là devaient être regardés avec circonspection. Même étonnement quand on évoquait Marx et Keynes qui avaient parfaitement compris la nature fictive de la capitalisation boursière et donc que le krach boursier ne faisait s’évanouir que la fiction et non pas une richesse réelle.

Avec l’approfondissement de la crise, ce sont les banquiers eux-mêmes qui se lâchent et finissent par reconnaître ce que, bien sûr, pas un livre de théorie financière ni aucun livre d’économie bien-pensant n’envisage. Ainsi, une semaine après que la Caisse des dépôts et consignations (CDC) a annoncé avoir subi des pertes en 2008, Augustin de Romanet, son directeur général, déclare dans un entretien au Monde (19 décembre 2008) : « Nos résultats sont bons. Ils traduisent une bonne gestion et des choix pertinents. Mais, à cause des règles comptables, la baisse de la Bourse – notamment celle de l’action Dexia – devrait affecter nos comptes alors même que nous n’avons pas vendu nos titres. »

Cette phrase devrait figurer en tête de tous les cours de finance savante enseignée dans toutes les universités et grandes écoles pépinières de spéculateurs qui ne savent pas ce qu’ils font. Comment le sauraient-ils puisque les normes comptables inventées pour faire apparaître plus de profit qu’il ne peut en exister sont absurdes ? Je me trompe, ce ne sont pas les normes qui sont absurdes, c’est le système qu’elles servent.

20 décembre 2008 - Aucun commentaire
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20/20 pour le G20

38. 20/20 pour le G20

Jean-Marie Harribey

Le sommet du G20 à Washington le 15 novembre a tenu toutes ses promesses.

L’engagement à ne pas limiter la circulation des capitaux a été tenu car le G20 s’engage à « garantir que la régulation soit efficace, n’étouffe pas l’innovation et encourage le développement des échanges de produits et services financiers ».

Celui de ne dire mot des paradis fiscaux et du secret bancaire a également été respecté. Celui de ne pas porter atteinte aux marchés de produits dérivés encore plus, puisque le G20 souhaite « le renforcement des marchés de produits dérivés de crédit » ou encore « de renforcer la transparence des marchés de produits dérivés de gré à gré et s’assurer que les infrastructures pour ces produits peuvent traiter des volumes croissants ».

Celui de faire de la « transparence » l’alpha et l’oméga de la régulation a été rabâché de nombreuses fois, de même que l’amélioration des normes comptables. Le juste prix sera donc toujours celui du marché. On s’attendait à ce que le G20 réaffirme les principes du « respect de la propriété privée », de « la concurrence entre les marchés et les systèmes financiers » et d’« un système financier moderne et toujours plus mondialisé », c’est fait.

On n’avait aucune inquiétude quant à la justesse du diagnostic porté sur les causes de la crise et on avait raison car le G20 affirme que le début de la décennie 2000 a été marqué par une « stabilité prolongée ». Dans la même phrase de sa déclaration, le G20 note que « les acteurs des marchés ont cherché à obtenir des rendements plus élevés sans évaluer les risques de façon adéquate et sans faire preuve de la vigilance requise ». Voilà une preuve de l’admirable cohérence du G20.

On craignait juste que le G20 abandonne ou relâche quelque peu sa rigueur en matière de politiques monétaire et budgétaire. On avait tort car il assortit aussitôt sa préconisation de « stimuler la demande interne » de la contrainte de « maintenir un cadre politique conduisant à la soutenabilité budgétaire ».

Le G20 avait-il des velléités de s’ériger en gouvernement mondial auto-désigné ? Seuls des grincheux pouvaient le penser car il prend soin d’affirmer que « la régulation relève avant tout de la responsabilité des régulateurs nationaux ». On pousse un soupir de soulagement puisque les régulateurs nationaux ont démissionné depuis trente ans !

Le G20 courait-il le risque d’être trop ambitieux ? Nenni, il est lucide au point de prévenir que « nous devons éviter une régulation excessive qui entraverait la croissance et exacerberait la réduction des flux financiers, y compris vers les pays en développement ». Effacer la dette des banques et des spéculateurs, oui, effacer celle des pays du Sud enlèverait peut-être une source de revenus aux dites banques, on ne se méfie jamais assez.

Le G20, emmené par le couple Bush-Sarkozy, derrière lequel Obama faisait silence radio, oserait-il appliquer à lui-même la transparence demandée aux marchés financiers et se défaire de la langue de bois ? On respire en lisant : « Les organismes du secteur privé qui ont déjà mis au point des bonnes pratiques en matière de structures de placement alternatives et/ou de fonds spéculatifs doivent formuler des propositions sur un ensemble de bonnes pratiques uniformisées. » Nous proposons de faire de cette maxime le fil conducteur de l’enseignement de l’économie, apolitique comme il se doit.

La note pour les pauvres du monde entier sera salée, mais le G20 a bien mérité la note de 20/20.

17 novembre 2008 - 1 commentaire
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Le fardeau de l’idéologie

37. Le fardeau de l’idéologie

Jean-Marie Harribey

Xavier Darcos, ministre de l’éducation, a accordé un entretien au Monde (8 novembre 2008).

A la question « Est-il pertinent de supprimer 30 000 postes de fonctionnaires pour économiser 776 millions d’euros sur le budget 2009, alors que, pour prendre ce seul exemple, un incident de “trading” vient de faire perdre 751 millions aux Caisses d’épargne ? », il répond :

« Les sommes sont très importantes, comparables par leurs montants, mais la comparaison s’arrête là. Vous ne pouvez pas mettre sur le même plan une logique de désendettement sur le long terme et un gaspillage instantané, aussi scandaleux soit-il. En nous abstenant de recruter 30 000 fonctionnaires, dont 13 500 dans l’éducation nationale, ce n’est pas 776 millions que nous économisons, mais ce chiffre répété pendant quarante ans. Soit, sans même compter les pensions, environ 30 milliards. Ce n’est pas rien. Notre devoir est de continuer à alléger le fardeau que nous léguons aux générations futures. »

Lui qui voulait inventer les médailles à distribuer aux bons élèves, il obtient ce matin la médaille d’or de la pensée zéro. Le fond de l’idéologie libérale est de laisser croire que les 30 000 fonctionnaires que l’on ne recrute pas n’auraient rien fait, rien produit, pendant quarante ans si on les avait recrutés.

Pour se débarrasser (un peu) du fardeau de l’idéologie, lire dans Le Monde diplomatique de novembre 2008 « Les vertus oubliées de l’activité non marchande ».

9 novembre 2008 - 1 commentaire
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Imposture, forfaiture, démesure, parjure et inculture

36. Imposture, forfaiture, démesure, parjure et inculture

Jean-Marie Harribey

Le président de la République s’est fait élire sur une imposture : travaillez plus pour gagner plus.

Son premier geste de président fut une forfaiture en refusant de soumettre le traité de Lisbonne à un référendum, remettant ainsi en cause le vote du 29 mai 2005.

Face à la boursouflure financière, le plan concocté se résume à une démesure : tout pour les banquiers après avoir accordé un paquet fiscal aux riches, rien pour le travail.

Si, une chose pour le travail : reculer l’âge de la retraite à 70 ans. La promesse de ne pas porter atteint à la retraite à 60 ans s’achève en parjure.

Interrogé au sujet de la crise ce matin sur France inter, Jacques Attali, parfaitement en phase avec le discours en trompe-l’œil du gouvernement, accumule les propos contradictoires : les salariés ont été les parents pauvres de ces vingt dernières années et la retraite à 70 ans est une bonne chose. Avec autorité, il poursuit en affirmant que les actionnaires ont trop reçu et, aussitôt, que la spéculation permet de « réfléchir à l’avenir », comme le font « le médecin ou le philosophe ». Il n’hésite pas à parler de « faux métier de la finance » créant une « richesse virtuelle », puis de « beau métier » sans lequel « nous serions encore à l’âge de pierre ». Il convoque Spinoza et Hegel, confondant réflexion sur l’avenir et boursicotage au jour le jour. Inculture.

3 novembre 2008 - 14 commentaires
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